Épilogue

Illustration: yukiryuuzetsu

Épilogue.

Les souris ont déserté la pièce secrète fermée à clé, celles qui ne l’on pas fait ont été mangées. Les familles se sont agrandies depuis quelques jours, ce n’est plus un grenier, c’est une auberge, un foyer, une classe d’école maternelle : ça crie de tous côtés. Germaine n’est pas sortie depuis deux jours, et les petits ont faim. Elle commence à se sentir un peu faible mais elle doit les allaiter tous les cinq. Ça faisait déjà quelques jours que les déplacements étaient devenus difficiles et une nuit elle n’est plus sortie du tout. Renée là-haut semblait aussi être interdite de sortie depuis un certain temps déjà et la lune était entre-temps passée d’un quartier à l’autre et puis un autre, mais elle n’était pas seule, elle la chouette : Ernest prenait son envol chaque nuit et lui apportait des proies bien juteuses, musaraignes étourdies, mulots rêveurs à la lune, crapauds égarés, tous emportés par surprise comme par un courant d’air sur la joue, passés à la trappe, tombés dans un espace sans fond. Renée était en forme quand le premier œuf craqua sous elle, puis un autre et encore ! Treize à la douzaine comme on dit, famille nombreuse, et l’infatigable Ernest toujours en route, à faire la navette :
– « Ah, rester un peu au nid ! Moi aussi ça me plairait ! Moi aussi je les aime ces petits gueulards, ah oui, être un peu chouette un jour ou deux, hibou au foyer : »
– « Hé beh ! Vas y si ça te chante, ça tombe bien, j’ai les pattes complètement endormies et les ailes me démangent.»
Ce soir là Renée a pris son envol nocturne et Ernest est resté à la maison pour s’occuper des petits, se saisissant à chaque retour de Renée des provisions apportées et les nourrissant non sans en prendre sa part. Germaine les regarde avec envie pendant que ses chatons lui sucent les dernières gouttes de lait, elle ne pourra pas tenir longtemps comme ça, il faudra partir et chasser elle aussi, et ses petits ? Qui les protégera pendant ce temps ? Et si Ernest ou Renée était pris d’une envie subite de chats nouveaux nés ? C’est tendre des petits chats de lait. Et Germaine des oisillons, quand elle en a l’occasion, elle en mange elle aussi, tout chauds, à peine sortis du nid et c’est bon ! Ça vaut le gigot d’agneau ou le cochon de lait. Alors pourquoi ils se gêneraient eux ? Renée elle a de la chance d’avoir un Ernest de cet acabit. Une chatte pour un matou ce n’est qu’une chatte, ça te prend par derrière sans même te voir et puis c’est tout ! Ah ils se sont disputés les deux pour se la payer cette nuit de pleine lune où elle s’est fait engrosser. Du reste elle ne sait pas qui est le père, le premier s’étant fait chasser par l’autre et puis il y a eu le troisième le lendemain, le plus jeune, avec celui là elle l’avait fait pour le plaisir, il lui plaisait celui là, ils l’ont fait en cachette, dans l’ombre pour ne pas être vus par les tueurs, les tireurs de couteaux, les rixeurs de gouttières. Mais lui aussi a disparu. Une fois l’apprentissage terminé il est parti, en roulant les mécaniques, il était un devenu Chat, un vrai, un Matt ! Il l’avait fait, il est parti en chasse lui aussi, à la chasse aux chattes, pour en essayer d’autres, plus on en a, plus on est Matou et plus tu es quelqu’un parmi les matous. Les matous, ils ne sont pas fidèles, tu peux pas compter dessus. Le jeune puceau l’a plaquée aussi et c’est elle qui lui avait appris pourtant. Les matous auraient à apprendre des oiseaux dont ils se nourrissent, eux ils couvent à tour de rôle et puis quand ils sortent de l’œuf ils les nourrissent ensemble et j’te dis, aller chercher des vers et des limaces dans les potagers, c’est du boulot ! Les jardiniers pourraient leur dire merci au lieu de dresser des épouvantails ! Ils sauvent leurs salades ! Bon, nous on s’occupe des souris et sans nous, leurs navets, ils les feraient pousser pour des prunes. Ensuite de quoi faut les élever, leur apprendre à voler ! Il y en a qui, à peine sortis du nid, quelques battements d’ailes et hop ! C’est l’un de chez nous qui le bouffe. Tout ce travail pour rien ! Germaine lève la tête de nouveau et voit Renée atterrir dans un claquement d’ailes qui gonfle les toiles d’araignées comme les voiles d’un bateau fantôme, elle dépose un panier plein aux pieds de Ernest et s’éclipse aussitôt. Germaine, la bonne mère miaule avec envie et Ernest l’entend et la regarde de ses grands yeux de pleine lune. Il est bon père de famille. Il donne un coup de bec dans la boule de poils qu’il tient entre les pattes et quelques débris tombent devant Germaine qui s’en saisit aussitôt et les sucent comme des biscuits d’apéritif. Renée repasse de nouveau avec un nouveau sac de provisions et repart. Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un hibou qui voit sous lui une chatte affamée et ses petits piaillant comme des moineaux sous le ventre ? On ne sait pas. Difficile de croire qu’un hibou puisse lâcher une proie sans intention précise. Germaine relève la tête après la dégustation et reçoit le plat de consistance tout saignant en plein sur le museau, solidarité de colocataires.

Catherine ouvre les yeux dans la chambre du Midi qui regarde au Levant et au Couchant, là où Pierre avait dormi seul, ils ont couché ensemble dans le vieux lit de Catherine assez large pour deux enfants, la fenêtre côté Aurore est ouverte, des formes filantes projettent leurs ombres sur le papier fleuri dans la lumière de bientôt Mai. Elle a le bonheur au ventre et soudain une frayeur, un vide ; elle se tourne, son bras fait un moulinet dans l’air frais et s’étale sur la plage blanche et déserte du drap ; elle se redresse d’un coup, s’assoit dans le lit et fait « Pierre, Pierre ! » Des larmes lui montent aux yeux. Un cri dans l’escalier, la queue du chat ? Un second miaulement, la porte s’ouvre. Pierre en chemise de nuit tient un plateau fumant de café et de tartines grillées. Un courant d’air venu de la fenêtre entrouverte traverse la pièce et lui passe entre les jambes vers l’escalier, la chemise de nuit suit le mouvement et se colle aux cuisses ; sous le plateau, en bas du ventre et sous la toile apparaît la forme d’un petit pain à mettre au four. – « Et Marie, elle est où? »
– « À côté sur la poutre. »
–  » Hein? »
– « Elle s’entraîne au dinosaure! Elle dit qu’elle s’appelle Rex! »
Catherine s’esclaffe, elle respire la joie et Pierre se met à gourglouter de rire, les tasses et la cafetière s’entrechoquent.
« Qu’est-ce qui s’passe ici si tôt, compagnons de la marjolaine ? »

*

Ainsi se termine les aventures de Catherine, dit Coco, Fatima, Jacques, dit Le Roux et Pierre en Chevalier Du Guet.
J’espère trouver un éditeur; si ça ne se fait pas je le distribuerai au format ePub.

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